Le projet en bref
Un laboratoire pour observer ce qui ne circule pas
Saint-Aubert-sur-Lys est un village fictif de quarante habitants. Chacun est joué par un modèle de langage, avec une fiche (âge, métier, valeurs, disposition à s'autocensurer), une mémoire et des proches. Un habitant a lu un livre d'histoire récent, Les irresponsables de Johann Chapoutot (Gallimard, 2025), qui retrace comment des élites libérales et conservatrices ont porté Hitler au pouvoir. On le laisse en parler, et l'on observe ce que le village en dit, en déforme ou en tait.
La théorie de la spirale du silence (Elisabeth Noelle-Neumann) sert d'instrument : elle oblige à regarder ce qui ne se dit pas, et elle fournit des mesures éprouvées. Mais le projet ne demande pas si des machines « reproduisent » la spirale. Il pose une autre question, qui vient des sciences de l'information et de la communication : quand une phrase sort de la bouche d'un agent, qui parle vraiment ? Le modèle et son fournisseur, la fiche écrite par le concepteur, le programme qui assemble la mémoire, celui qui organise les rencontres, le cadre de la scène, le chercheur lui-même. Le projet appelle cette production conjointe la co-agentivité, et cherche à mesurer la part de chacun.
L'enjeu dépasse le village. Les simulations sociales génératives se multiplient, en sciences sociales comme dans l'industrie. Savoir d'où viennent leurs silences et leurs consensus, c'est savoir ce qu'elles montrent du monde et ce qu'elles montrent d'elles-mêmes.