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Dire et taire

Un village de quarante agents génératifs, une thèse d'historien qui y circule, et une question simple à poser, difficile à trancher : quand un agent se tait, qui se tait ?

Phase de conception, octobre 2026. Le protocole est écrit, relu et prêt à être préenregistré ; aucune simulation n'a encore été jouée.

modèleficheorchestrateur ordonnanceurcadresconcepteur Chacun pense ce qu'il veut. Ce livre dit quelque chose. … Au café, la même question : « Et vous, vous en pensez quoi ? »
Trois réponses possibles : une position (ambre), une phrase qui ne dit rien (ardoise), un silence (pointillés). La phrase neutre n'est pas l'acte d'un seul agent : six instances y prennent part.
Le projet en bref

Un laboratoire pour observer ce qui ne circule pas

Saint-Aubert-sur-Lys est un village fictif de quarante habitants. Chacun est joué par un modèle de langage, avec une fiche (âge, métier, valeurs, disposition à s'autocensurer), une mémoire et des proches. Un habitant a lu un livre d'histoire récent, Les irresponsables de Johann Chapoutot (Gallimard, 2025), qui retrace comment des élites libérales et conservatrices ont porté Hitler au pouvoir. On le laisse en parler, et l'on observe ce que le village en dit, en déforme ou en tait.

La théorie de la spirale du silence (Elisabeth Noelle-Neumann) sert d'instrument : elle oblige à regarder ce qui ne se dit pas, et elle fournit des mesures éprouvées. Mais le projet ne demande pas si des machines « reproduisent » la spirale. Il pose une autre question, qui vient des sciences de l'information et de la communication : quand une phrase sort de la bouche d'un agent, qui parle vraiment ? Le modèle et son fournisseur, la fiche écrite par le concepteur, le programme qui assemble la mémoire, celui qui organise les rencontres, le cadre de la scène, le chercheur lui-même. Le projet appelle cette production conjointe la co-agentivité, et cherche à mesurer la part de chacun.

L'enjeu dépasse le village. Les simulations sociales génératives se multiplient, en sciences sociales comme dans l'industrie. Savoir d'où viennent leurs silences et leurs consensus, c'est savoir ce qu'elles montrent du monde et ce qu'elles montrent d'elles-mêmes.

L'histoire

D'un nouveau modèle à un protocole de recherche

  1. Un nouveau modèle à expérimenter. Mistral publie en préversion son modèle Large 4, surnommé « Le Chonk ». L'AMUE, qui fédère les établissements d'enseignement supérieur, en ouvre l'expérimentation à un petit groupe de testeurs, dont l'ingénieur pédagogique de Centrale Lille qui porte ce projet.

  2. Un village plutôt qu'un agent. Parmi les prototypes envisagés, le village simulé s'impose : une petite société d'agents où l'on peut faire circuler un énoncé et observer ce qu'il devient.

  3. Le scénario « Dire et taire ». Faire circuler une thèse d'historien moralement chargée, et la comparer à un livre sans enjeu. La spirale du silence devient l'instrument, la co-agentivité la clef de lecture.

  4. Revue adversariale n° 1. Le protocole est relu avec la consigne de le réfuter : statut des énoncés, contrastes de référence, règles de décision à trois issues.

  5. Revue adversariale n° 2. Un second modèle, sans rien connaître du projet, relève 46 objections, dont 5 bloquantes. Dix-sept décisions sont prises ; le scénario passe en version 11 et le cadre en version 6.2.

  6. La station, le pilote, le préenregistrement. Installation d'une station dédiée, mesure du débit sur une journée simulée, dépôt daté des hypothèses, puis les simulations. Voir la feuille de route.

La problématique

Des agents qui n'ont rien à craindre

Comment un dispositif génératif met-il en scène le dire et le taire autour d'un savoir savant, alors que ses agents, conçus pour toujours répondre, n'ont rien à craindre de la parole ?

Problématique du projet

X, ce qu'on observe. Un dispositif met en scène du dire et du taire. Rien n'oblige le silence à apparaître : si tout le monde parle, c'est aussi une réponse.

Y, la tension. Chez les humains, on se tait par peur de l'isolement. Un modèle de langage n'a ni réputation ni corps social ; il est réglé pour répondre, et aussi pour ne pas prendre parti. S'il se tait, ce n'est pas par peur. Alors d'où vient le silence ?

La clef de lecture lève la tension : si l'agentivité est distribuée, des agents qui n'ont rien à craindre peuvent produire du taire, parce qu'ils ne parlent jamais seuls. La fiche, les cadres, l'ordonnanceur, le concepteur et, derrière le modèle, son fournisseur y prennent part.

Les hypothèses

Quatre réponses possibles, chacune réfutable

Chaque hypothèse de travail est assortie d'une règle de décision déposée avant toute simulation. Elle aboutit à l'une de trois issues : soutenue, réfutée ou indéterminée. Une issue indéterminée est un résultat, rapporté comme tel.

HT1

Le taire est co-produit par l'agencement hypothèse centrale

Le dire et le taire varient davantage avec au moins une instance non individuelle (la scène publique ou privée d'abord, puis la gazette, l'ordonnancement des rencontres, le modèle) qu'avec la disposition à s'autocensurer écrite dans la fiche des agents.

Ce qui la soutiendrait
Sur le taux de taire, l'effet de la scène, ou d'un autre contraste, dépasse d'au moins 5 points celui de la fiche, même quand la fiche reçoit son étendue maximale.
Ce qui la réfuterait
La fiche pèse plus que toutes les autres instances.
HT2

Le taire prend la forme d'un dire vide

Des agents conçus pour toujours répondre ne se taisent pas : ils neutralisent, euphémisent, renvoient à d'autres. Le silence se loge dans la parole.

Ce qui la soutiendrait
Ces formes font plus de la moitié du taire, et elles sont plus fréquentes pour la thèse moralement chargée que pour un livre sans enjeu.
Ce qui la réfuterait
Les silences purs dominent, ou la neutralisation est la même pour les deux livres.
HT3

La thèse converge vers le lieu commun

Parce que les mêmes instances écrivent toutes les voix, les versions de la thèse perdent leurs aspérités et se rapprochent d'une formule consensuelle.

Ce qui la soutiendrait
La diversité des versions baisse plus vite dans le village que dans une simple chaîne de transmission, et plus vite avec un seul modèle qu'avec plusieurs.
Ce qui la réfuterait
La diversité ne baisse pas plus vite que par la seule transmission.
HT4

Une socialité sans climat

Ce qui ressemble à du conformisme serait un alignement sur l'interlocuteur du moment, et non une lecture du climat d'opinion. Une suite de face-à-face plutôt qu'une spirale.

Ce qui la soutiendrait
La position exprimée suit celle de l'interlocuteur ; l'effet du climat perçu reste sous un seuil (0,05) inférieur à l'effet moyen mesuré chez les humains (0,10).
Ce qui la réfuterait
Le climat perçu pèse au-delà de ce seuil, à interlocuteur constant.
Ce qu'on va faire

Faire varier une instance à la fois

Pour mesurer la part de chaque instance, on la fait varier en gardant le reste identique : un autre modèle pour tout le village, des rencontres organisées en chambres d'écho, une gazette favorable ou critique, des scènes publiques ou privées, des fiches sans consigne d'autocensure. On compare ensuite les effets dans une même unité.

1 · Préparer

Station et mesures préalables

Installer la station, mesurer le débit sur une journée simulée, profiler les modèles, tester ce qu'ils savent déjà du livre.

2 · Déposer

Préenregistrement en deux temps

Hypothèses et règles de décision avant toute génération ; paramètres techniques après un pilote qui n'entre pas dans l'analyse.

3 · Jouer

109 simulations à priorités

70 garanties pour trancher l'hypothèse centrale, 27 comparaisons, 12 explorations. Quinze journées chacune.

4 · Coder

Deux juges et un chercheur

Chaque réplique est codée par deux modèles d'autres familles, validés contre un codage humain et un recodage à l'aveugle.

5 · Publier

Billets, puis articles

Méthode et dispositif d'abord, sur le carnet de recherche ; résultats sur le contenu après l'élection présidentielle de 2027.